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Rapport
Mauroy : des compétences clarifiées et étendues pour
les collectivités territoriales
Pierre Mauroy, président
de la commission pour l´avenir de la décentralisation a
remis son rapport au Premier ministre le 17 octobre. Au
total figurent 154 propositions pour « refonder l´action
publique locale ». Constatant le succès de l´intercommunalité,
la commission propose de faciliter le fonctionnement des
intercommunalités à fiscalité propre, mais rejette l´idée
d´un Conseil général qui serait une chambre de l´intercommunalité.
Une clarification des compétences des différentes
collectivités territoriales est prônée, avec le respect
d´une intervention par blocs de compétences. Est également
proposée une harmonisation des mandats locaux sur une période
de six ans. Lionel Jospin devrait lancer une « nouvelle
étape » de la décentralisation le 27 octobre à Lille.

Près de 20
ans après les lois de décentralisation de 1982-1983, le
gouvernement s´apprête à lancer le 27 octobre à Lille
une "nouvelle étape" a-t-on appris à la suite
de la remise le 17 octobre du rapport de la Commission
Mauroy au Premier ministre Lionel Jospin.
Un débat d´orientation générale à l´Assemblée
nationale et au Sénat aura lieu ensuite après
concertation par le ministre de l´Intérieur Daniel
Vaillant.
Pour le Premier ministre, "la mise en
oeuvre des lois de décentralisation (...) a éveillé des
attentes nouvelles pour une décentralisation plus
efficace, plus légitime et plus solidaire".
"Celle-ci doit favoriser le développement
local en respectant les équilibres entre régions et au
sein de celles-ci; elle doit donner les moyens nécessaires
aux collectivités locales pour agir ensemble et assurer
les services publics attendus par leurs habitants; elle
doit aussi permettre aux élus d´assumer clairement leurs
responsabilités face aux citoyens", a-t-il dit dans
un communiqué.
Le rapport Mauroy, qui fait 154 propositions
d´importances diverses, suggère notamment de
"renouveler l´échelon départemental", de
"poursuivre la révolution intercommunale", et
de "faire de la région un pôle majeur de la décentralisation".
Rappelons que, installée le 17 novembre 1999, la
Commission pour l´avenir de la décentralisation s´était
vue chargée par le Premier ministre de "formuler des
propositions sur l´avenir de la décentralisation"
« Si on le veut, si le gouvernement le veut,
dans les dix ans qui viennent la France changera énormément
» a souligné M. Mauroy en évoquant "une révolution
tranquille". L´ancien Premier ministre a évoqué en
particulier l´intercommunalité qui se développe à vive
allure à travers la France.
Faciliter
le fonctionnement de l´intercommunalité
Sur ce
point, la commission estime qu´il est « nécessaire d´aller
jusqu´au bout de la révolution intercommunale en cours
». A cette fin, elle souhaite la généralisation de l´intercommunalité
à fiscalité propre à l´échéance de 2007 par des
dispositions financières. Elle propose de doter les
organes intercommunaux d´une légitimité démocratique
avec l´élection en 2007 au suffrage universel des
conseillers des intercommunalités à fiscalité propre.
Les membres de la commission considèrent que
le paysage intercommunal doit être « simplifié » et le
fonctionnement des intercommunalités à fiscalité propre
« facilité ». Cela pourrait se traduire selon la
commission par la dissolution des syndicats, d´une part,
et en réservant l´adhésion à un syndicat aux seules
intercommunalités à fiscalité propre, d´autre part. La
commission propose aussi d´améliorer le rôle de la
commission départementale de coopération intercommunale
et de renforcer le pouvoir d´arbitrage du préfet.
Mode
de scrutin départemental : « renouvelé et démocratisé
»
« A long
terme, la généralisation de l´intercommunalité et l´élection
au suffrage universel des conseillers communautaires
permet d´envisager une évolution vers un conseil départemental
composé par les présidents des intercommunalités », écrivent
les membres de la commission dans leur rapport. Une éventualité
qui a été finalement rejetée, parce qu´elle « paraît
constituer une remise en cause de l´institution départementale
». Au cours d´une conférence de presse, M. Mauroy a
toutefois estimé que "le canton va mourir de sa
belle mort", en poursuivant : "tout le monde est
d´accord pour dire que le canton est dépassé".
« Il est nécessaire d´assurer une représentation
[des conseillers généraux] plus équilibrée entre les
différentes zones du département », souligne le
rapport, dans lequel la commission appelle à un mode de
scrutin départemental « renouvelé et démocratisé ».
Deux solutions ont été retenues. Il s´agirait
soit d´une élection à la proportionnelle avec une prime
majoritaire sur une circonscription équivalente au département,
soit d´une élection dans de nouvelles circonscriptions bâties
sur la base de territoires tenant compte des
intercommunalités.
La commission propose un renouvellement du
Conseil général dans sa totalité tous les six ans à
partir de 2004. Ce qui supposerait de réduire à 3 ans le
mandat des conseillers généraux élus en 2001. « Une
telle modification législative, pour ne pas être
anticonstitutionnelle, doit nécessairement intervenir
avant cette élection prévue en mars prochain », précise
le rapport. Si le gouvernement suit la proposition de la
commission, les « conseillers généraux » devraient
prendre le nom de « conseillers départementaux », de même
que les « Conseils généraux » devraient être rebaptisés
« Conseils départementaux ».
Des régions
plus « fortes »
D´une manière
générale, la commission souhaiterait une «
harmonisation des durées des mandats locaux ». « Une
durée de six ans est considérée comme répondant au
mieux aux impératifs de l´action locale » estiment les
membres de la commission.
C´est pourquoi, ils proposent de porter à
six ans le mandat de conseiller régional. Plus largement,
la commission souhaite des régions « plus fortes ». «
Avoir des régions plus puissantes ne signifie pas forcément
avoir des régions plus grandes », a indiqué M. Mauroy.
Faisant référence à une étude de la DATAR sur les
perspectives de la France en 2020, qui préconise un
regroupement autour de six régions, le sénateur-maire de
Lille a déclaré : « nous n´en sommes pas encore là ».
La commission se prononce pourtant en faveur
de la coopération interrégionale. « Plusieurs régions
pourraient se regrouper pour confier à l´une d´elles la
conduite d´un projet, la réalisation d´une action ou la
mise en œuvre d´une programmation ou d´une
planification interrégionale », précise le rapport. «
Il paraît opportun de respecter les limites régionales
actuelles », indique-t-il par ailleurs. La commission
souhaite aussi que soit valorisés les réseaux de villes
pour développer une coordination entre villes.
Enseignement
supérieur : la région acteur de poids
L´évolution
institutionnelle dessinée par la commission s´accompagne
d´une volonté de clarification des compétences. « Une
collectivité intervient dans le cadre du bloc de compétences
qui lui a été dévolu par la loi » note la commission.
Celle-ci est favorable à la désignation d´une
collectivité chef de file, dans le cadre d´un projet
associant plusieurs collectivités. Dans ce cas, la
collectivité chef de file peut solliciter des
financements d´autres partenaires.
Selon le rapport les régions devront être
les principales bénéficiaires de l´approfondissement de
la décentralisation dans les domaines de l´enseignement
supérieur et de la formation professionnelle. A cet égard
la principale mesure est le transfert de la construction
et de l´entretien des établissements d´enseignement supérieur
aux régions « dans le respect d´un schéma national des
équipements et formations ».
La commission plaide aussi pour un transfert
de tous les crédits de formation professionnelle, exceptés
ceux relevant de la solidarité nationale, au profit des régions.
Ces dernières seraient amenées à coordonner la
politique de formation en associant les services de l´Etat,
l´ANPE et l´AFPA dans le cadre régional. A la région
serait aussi attribuées des compétences supplémentaires
en matière de développement et d´infrastructures en
matière de transports ferroviaires, d´équipements
multimodaux et aéroportuaire, ainsi que dans le domaine
des ports non autonomes. Toujours à la région
reviendrait le versement des aides aux PME-PMI et une
initiative exclusive en matière de création des sociétés
de capital risque.
Départementalisation
de l´entretien du réseau routier national
Le département
n´est pas en reste, avec le rattachement des services d´incendie
et de secours (SDIS) et la départementalisation de l´aménagement
et de l´entretien du réseau routier national. Afin de «
parfaire la première décentralisation », le département
est conforté dans son rôle de gestion du patrimoine avec
le transfert de la compétence en matière d´inventaire
du patrimoine aux départements s´accompagnant du
transfert des personnels concernés. Afin d´offrir un
cadre juridique mieux adapté à l´intervention
culturelle des collectivités locales, ces dernières sont
autorisées à créer des établissements publics locaux
culturels.
La commission prône l´amélioration de la
qualité et de la sécurité juridique des actes des
collectivités territoriales, en renforçant les moyens
juridiques des collectivités, en rénovant le contrôle
de légalité et en conciliant la responsabilité des élus
et les missions de contrôle.
Le rapport a établi aussi des propositions visant à «
faire de la commune le lieu d´exercice privilégié de la
démocratie ».
Spécialisation
de l´impôt
Elle suggère
de créer, dans les villes de plus de 20 000 habitants,
des mairies ou « conseils de quartiers » et dans les
autres villes, d´encourager ce dispositif. Autre piste de
réflexion : créer pour les présidents de conseil régional,
de conseil général, les maires et leurs principaux
adjoints, un statut d´ « agent civique territorial »,
salarié de leur collectivité.
M. Mauroy a également proposé une "spécialisation
des impôts" - un impôt "principal" pas
"exclusif" - : la taxe professionnelle d´agglomération
irait à l´intercommunalité, la taxe d´habitation aux
communes, la taxe foncière aux départements et la taxe
professionnelle aux régions.
M. Mauroy a ironisé sur le départ de la
Commission des membres de la droite début septembre à
propos de la vignette. "C´était dérisoire. Ils
sont descendus du train quelques stations avant la gare
finale", a déclaré l´ancien chef de gouvernement.
Faisant allusion à la proposition de loi
constitutionnelle sur "l´autonomie fiscale" des
collectivités locales déposée par le président du Sénat
Christian Poncelet et les présidents de plusieurs
associations d´élus, M. Mauroy a lancé avec bonhomie:
"On irait pour tout à Versailles".
Cette proposition de loi sera discutée en séance
plénière au Sénat le 26 octobre. "Ils veulent se
montrer tardivement décentralisateurs", a commenté
le président de la Commission sur la décentralisation.
Au total, « la commission a le sentiment d´avoir
assumé une mission à long terme », a déclaré son président.
Nos propositions sont toutes porteuses d´avenir",
a-t-il commenté, en ajoutant : « le problème est de les
utiliser ».
Thomas Beurey
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